La controverse autour du rôle et de la présence en RDC de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo (Monusco) a atteint un point culminant au cours de la semaine du 25 au 31 juillet 2022 avec des manifestations violentes et meurtrières à Goma, Butembo, Beni, Kasindi au Nord-Kivu et à Uvira au Sud-Kivu contre cette mission de l’ONU.

Le ras-le-bol des populations de la partie Est de la RDC est tout à fait compréhensible car après 22 ans et demi de présence des troupes de l’ONU, l’insécurité et les massacres des civils prennent de l’ampleur au Nord-Kivu, en Ituri et au Sud-Kivu.

Selon un expert en matière de sécurité, en dépit de son impuissance actuelle dans la lutte contre les groupes armés et dans la protection des civils, la Monusco a joué un rôle considérable pour la réunification de la RDC. Le pays avait été morcelé de 1998 à 2003 en trois zones d’influence contrôlées par le Rwanda sous couvert du RCD/Goma (Sud-Kivu, Nord-Kivu, Maniema, Sankuru, Tanganyika, Tshopo), par l’Ouganda sous couvert du RCD/K/ML et du MLC (Ituri, Haut-Uélé, Bas-Uélé, Nord-Ubangi, Sud-Ubangi, Mongala) et par le gouvernement au pouvoir à Kinshasa (Haut-Katanga, Lualaba, Haut-Lomami, Kasaï Central, Kasaï, Kasaï Oriental, Lomami, Kwilu, Kwango, Mai-Ndombe, Equateur et Kongo Central).

Les troupes de l’ONU avaient aussi, en 2013, appuyé efficacement l’armée gouvernementale congolaise dans sa lutte et sa victoire, en 2013, sur le mouvement rebelle M23 soutenu par le Rwanda.

Pourquoi le président du Rwanda a-t-il toujours réclamé le départ de la Monusco de la RDC ?

Le Chef de l’Etat rwandais, Paul Kagame, qui est un de principaux déstabilisateurs de l’Est de la RDC, n’a jamais supporté la présence des troupes de l’ONU dans ce pays. Lors de ses sorties médiatiques, il s’en prend souvent à la Monusco qu’il qualifie de mission budgétivore qui ne sert à rien et qui doit quitter le Congo.

La réalité est que la Monusco est un témoin gênant pour l’élite politico-militaire Tutsi au pouvoir au Rwanda qui continue à faire main basse sur les ressources naturelles de l’Est de la RDC en entretenant des groupes armés. La Monusco gêne surtout l’accomplissement du projet du régime FPR (Front Patriotique Rwandais) de Kigali d’amputer une partie du Kivu pour l’annexer au Rwanda, un petit pays très surpeuplé, qui a besoin d’espace. Paul Kagame ne s’en ai jamais caché car il a toujours réclamé la conférence de Berlin bis pour revoir les frontières de l’Afrique.
Ainsi, pour cet expert, les Congolais qui réclament le départ immédiat de la Monusco de la RDC s’alignent, sans le vouloir, sur la position de Paul Kagame qui a des motivations tout à fait différentes. Il est certain que le Chef de l’Etat rwandais se réjouit de la tournure dramatique des manifestations anti-Monusco au Kivu.

felix et la delegation de la monusco
En échange avec le Chef de l’État Félix Tshisekedi sur les dernières manifestations populaire à l’est de la RDC Jean Pierre la Croix rend hommage aux victimes congolais et onusiennes

Concernant le retrait total de la Monusco, la communauté internationale, à travers le Français Jean-Pierre La Croix, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix qui a rencontré le président Félix-Antoine Tshisekedi samedi 30 juillet 2022 à Kinshasa, est claire à ce sujet : il n’est pas question de quitter totalement la RDC tant que l’autorité de l’Etat n’est pas encore restaurée sur toute l’étendue du pays.

La RDC dispose pourtant de moyens financiers, matériels et humains de mettre sur pied une Armée nationale républicaine et efficace, mais c’est la volonté politique de le faire qui avait manqué jusqu’il y a peu. Il apparait clairement que celui qui a présidé le pays pendant 18 ans, de janvier 2001 à janvier 2019, Joseph Kabila, n’a pas voulu faire monter en puissance les Forces Armées de la RDC (FARDC) qui disposent d’officiers de grande valeur dont certains ont été formés dans de meilleures académies militaires (USA, France, Belgique…).

L’armée nationale dispose aussi de nombreux combattants très valeureux, mais démotivés par le traitement dont ils sont l’objet. Il est difficile de déterminer les raisons qui ont poussé l’ancien chef de l’Etat à ne pas doter le pays d’une armée efficace.

Mais il est vrai que le manque d’un bouclier protecteur en RDC fait l’affaire de certains Etats voisins cités dans le rapport Mapping des Nations Unies et accusés d’avoir pillé et de continuer à piller les ressources naturelles du pays à travers des groupes armés dans la partie Est.

On comprend pourquoi l’actuel chef de l’Etat a été frénétiquement applaudi par les élus du peuple en décembre 2020 au Palais du peuple lorsqu’il a, dans son discours sur l’état de la Nation, énuméré des projets de réhabilitation de l’armée et de la police.

C-RA

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