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Pourquoi fait-on la politique en RD-Congo ?

Mon Peuple, le Peuple « Congolais » est réputé être friand de la « mode », naviguant au gré des vagues, il se laisse aller par tout ce qui lui paraît profitable à l’instant sans aucune précaution d’usage ou aucune analyse « SWOT » (Strength, Weakness, Opportunity, Threat) situationnelle pour se lancer dans une carrière, un business ou tout autre activité… tenant compte de ses capacités, son potentiel, les risques, les circonstances et le rapport des forces en présence.

Le Chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi, vient de décréter l’Etat d’urgence pour renforcer l’application des mesures prises pour la lutte contre le Corona Virus (COVID-19) : Nous sommes en Guerre comme beaucoup d’autres pays, mieux vaut tard que jamais dit-on.
En ce moment précis, la gestion de la CRISE sanitaire du COVID-19 (Coronavirus) étale au grand jour les insuffisances et les limites de ceux à qui le destin de tout un peuple a été confié depuis plusieurs décennies, à travers plusieurs régimes, partis et regroupements politiques.

Chance Eloko Pamba
A la veille du 60ème anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo, il est ahurissant de constater le manque d’infrastructures sanitaires, l’absence de prise en charge adéquate de patients, la légèreté déconcertante des acteurs politiques face à des situations graves … alors la question vaut son pesant d’or : Pourquoi fait-on de la politique si ce n’est pour pouvoir protéger les citoyens et sauver des vies en pareilles circonstances ?

Le fameux concept populaire de « Chance Eloko Pamba » d’heureuse mémoire et l’histoire récente politique de mon pays n’aident pas non plus mes compatriotes à voir plus loin que le bout de leur nez, à avoir de l’audace de sortir des sentiers battus ou encore le sursaut de relever des grands défis en se frayant seul son chemin dans le rocher, les talents créatifs ne servent plus à grand-chose pour booster l’innovation, les valeurs, le sens d’équité et les principes d’honnêteté tournent leurs défenseurs en dérision pour en faire la risée du citoyen lambda.

Populisme Peuplecratiste
Par ailleurs, la précarité sociale imposée à 80% de la population par la mauvaise gouvernance, la gabegie financière, l’impunité, le népotisme, la bourgeoisie compradore, le clientélisme, la répartition inégale des richesses nationales, le tribalisme, le régionalisme, l’enrichissement illicite a érigé un boulevard géant au populisme, qui de surcroit reste une démarche démagogique et opportuniste permettant à ses adeptes de s’attirer les faveurs du peuple paupérisé, déshumanisé et réduit à sa plus simple expression dans l’espoir des jours meilleurs dès l’avènement des nouveaux dirigeants.

Dans mon pays, Le Populisme « Peuplecratiste » a cristallisé l’opinion nationale constituée majoritairement des sans voix, des laissés pour comptes ou encore des oubliés de la République pour qui aucune action politique ne fixe des objectifs quantifiables et vérifiables… ce peuple qui sert de fonds de commerce politique à longueur de journée dans des récitals politiciens écrits en phrases déstructurées, sans âme et vidé de tout sens de réalisme : les activistes de tout bord débitent sans vergogne des mensonges et s’appliquent à dire aux citoyens ce qu’ils aiment entendre.

Depuis plusieurs décennies ayant suivi l’ouverture politique, le multipartisme intégral et la Conférence Nationale souveraine des années Mobutu, les Peuplecrates prospèrent sur les colères et les ressentiments populaires envers la « Classe dirigeante » et tous ceux-là qui profitent de l’exercice du pouvoir érigé abusivement en système de prédation au détriment des intérêts collectifs de l’ensemble de la population. Au-delà de l’envie voilée d’accéder au pouvoir pour répondre aux besoins vitaux et existentiels des clans respectifs et des militants paupérisés voire même désabusés, les porte-étendards du populisme congolais et du combat pour la démocratie, s’avèrent être des adeptes pratiquants du sacro-saint principe d’« ôte toi de là que je m’y mette » proposant des solutions simples pour des problèmes sociétaux vitaux avec une ignorance déconcertante de leur complexité des problèmes. En plus, l’ère des nouvelles technologies a libéré la parole en faisant de tous les congolais spécialistes de tous les secteurs de la vie nationale, ayant toujours une solution miracle à chaque problème qui se pose dans la nation.

De la désignation systématique des boucs émissaires : la classe politique, les riches, les membres d’une ethnie ou d’un groupe linguistique majoritaire au pouvoir, … à la stigmatisation d’un régime politique qui a sous-humanisé les citoyens pendant plus de 20 ans, la ligne politique populiste a très vite montré ses limites dans l’exercice du pouvoir d’Etat pour la gestion de la chose publique, la production des richesses et l’amélioration du bien-être collectif ou du vécu quotidien des citoyens.

Opprimés d’hier devenu Oppresseurs d’aujourd’hui
Les 32 ans de Mobutisme, ont, quant, eux contribué à la création d’une classe d’oppresseurs du temps nouveaux qui ont pris la place des colonisateurs afin de se venger en opprimant leurs propres frères. En relisant le profil ou l’histoire de la majorité d’acteurs politiques du Zaïre de l’époque, force est de constater que bon nombre avait bénéficié d’une très bonne instruction, et parfois à l’étranger avec l’aide boursière des partenaires bilatéraux de notre État.

Que s’est-il donc passé pour que ces intellectuels de haute facture s’enlisent dans la complaisance et l’adossement d’une si mauvaise gestion de la République au détriment de tout un peuple qu’ils ont collégialement clochardisé ? En poussant le raisonnement plus loin, un autre questionnement important est celui d’affirmer ou d’infirmer si la bonne gouvernance et la quête du bien-être de la population sont réellement disparates ; si tel est le cas comment les grandes nations du monde font elles pour leur Emergence et celle de leurs peuples.
En scrutant davantage le parcours de nos anciens dirigeants politiques Mobutistes, force est de constater qu’aucun d’entre eux n’a investi dans des entités transformatrices ou productrices de richesses : aucune industrie, aucune entreprise pouvant résorber le chômage de masse. Y-avait-il incompatibilité entre le mode gestion du Zaïre avec les réformes sectoriels pouvant jetter les bases d’un Etat où les citoyens jouiraient de leurs droits fondamentaux dont l’accès au partage égalitaire du revenu national ? Pas d’Hopitaux modernes, ni des écoles et universités aux standards internationaux, et moins encore des revenus minimum garantis conférant de la dignité et de la sécurité sociale à ceux-là qui avaient le privilège d’avoir un emploi.

De l’espoir au desespoir
Paupérisé par le système mis en place par le Maréchal, le garant de la Nation, le Peuple Zaïrois de l’époque et Congolais d’aujourd’hui entra, sous le leadership d’Etienne Tshisekedi et son UDPS, premier parti d’opposition, dans une lutte pour la démocratisation. Après deux pillages économiques, et près de 7 ans de dialogue et compromis politiques des conclaves (Palais du Peuple, Palais de Marbre, etc.), le pouvoir changea de main à l’entrée de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques de Libération).

M’Zee Laurent Désiré Kabila, par la révolution qu’il mèna des maquis de Wimbidira à Kinshasa, mit fin à une longue période de domination d’un groupe d’individus autrement appélés « dinosaures » sur tout un peuple avilis à souhait. Les Mobutistes étaient tous fils de ce pays, Zaïrois authentiques, et parfois même « pères de l’indépendance » devenus « compagnons de la révolution ». Par la Révolution de l’AFDL « C’est le peuple avili qui se venge d’une manière vile » (George Sand 1872 « Nanon »). Surfant sur la vague d’espoir que la chute du régime de Joseph-Désiré Mobutu engendra, Laurent Désiré Kabila embarqua sous ses ailes des nouveaux acteurs politiques, novices pour la plupart, inconnus de l’opinion, certains issus de la diaspora, et très souvent heureux d’être là sans trop savoir pourquoi et par où commencer pour matérialiser le changement tant promis par leur guide.

La constitution est abrogée, les activités politiques suspendues, le pays est désormais régi par ordonnance présidentielle. En dépit de la flamme patriotique qu’il ralluma, l’idéologie marxiste de « l’auto-prise en charge », et d’autres crédos révolutionnaires qu’il tenta d’appliquer, la filiation communiste de M’Zee, sa grande admiration pour Che-Guevara, Fidèle Castro, sa proximité avec Chavez et d’autres leaders communistes eurent raison de lui et de sa politique vis-à-vis des puissances internationales. Les équilibres géostratégiques étant brisées à l’international, la confiance étant rompue avec ses alliés du FPR (Front Patriotique Rwandais), Kabila Père fut fragilisé et ses alliés d’hier devinrent ses ennemis à la tête d’une nouvelle rébellion et une nouvelle guerre dite « d’agression » pour les uns et de « nouvelle libération » pour les autres. Les Mobutistes déchus saisirent la brèche pour revenir au pouvoir via des mouvements politico militaires divers : RCD, MLC, RCD-KML, RCD-K,etc.

Profitant de la soif effrénée du pouvoir des Congolais et de leurs querelles de leadership sans fin, les Armées Rwandaises et Ougandaise s’affrontèrent à l’arme lourde en pleine ville de Kisangani (Guerre dite de 6 jours) du 5 au 10 juin 2000 faisant d’énormes des nombreuses victimes au sein de la population et d’innombrables dégâts matériels.
L’assassinat de M’zee Kabila le 17 Janvier 2001, et sa succession par Joseph Kabila le 26 Janvier 2001 ouvrirent une ère nouvelle dans la gouvernance de la République Démocratique du Congo. Le processus des négociations politiques et la mise en œuvre des accords de Lusaka reprirent sous l’impulsion du nouveau Président. De Lusaka à Sun-City en passant par Addis-Abeba et Gaborone, les belligérants (Gouvernement et Mouvements rebelles) et toutes les forces politiques et sociales menèrent des négociations qui débouchèrent sur les Accords des Cascades (Gouvernement MLC), puis l’Accord Global et Inclusif du 17 décembre 2002.

Politisation Prédatrice de la vie nationale
Pendant 17 ans de règne à la tête du Grand Zaïre devenu RDCongo, Joseph Kabila trilla à la volée les collaborateurs de M’zee tout en écartant les Marxistes pour s’entourer d’un premier groupe des personnalités controversés à souhait, dont le seul but était de s’accaparer de toute l’influence politique et économique afin d’être des « néo-mobutistes ». Les Kabilistes Josephistes de première heure brillèrent par leur avidité du pouvoir absolu et sans partage au point d’écarter toute autre personne pouvant prendre des bonnes initiatives et faire des propositions concrètes pour la nation. C’était sans attendre le tourbillon qu’amènera le régime 1+4 de triste mémoire (1 Président et 4 Vice-Présidents) dont le but principal était la récompense des seigneurs de guerre au mépris de tous les compatriotes tombées sous les balles de leurs troupes, et beaucoup plus l’hypothèque total de la souveraineté nationale de la patrie.

La politique patriotique et rigoureuse que voulait appliquer M’Zee Kabila, et poursuivre son fils Joseph, céda vite place à l’affairisme dans la sphère politique. Incertains de leurs lendemains respectifs, les Kabilistes emboitèrent les pas aux anciens mobutistes pour asseoir lune véritable « mafia » dans la gestion de la République au profit de la nouvelle classe mixte des « anciens » et « nouveaux » bourgeois compradore. La situation des citoyens n’a pas changé, et s’empira d’ailleurs. Dans un pays où l’économie est faible et la vie nationale politisée à outrance, la politique passe pour le seul moyen d’enrichissement rapide, illicite et sans aucun risque de poursuite judiciaire. Les cycles électoraux successives de 2006 et de 2011 ouvrirent davantage les vannes de la dislocation des valeurs républicaines de patriotisme, d’honnêteté et de méritocratie dans la gestion de l’Etat.

Il y a peu, Joseph Kabila réussit le coup historique de la première alternance pacifique du pouvoir avec Félix-Antoine Tshisekedi allié de Vital Kamerhe, Président National de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise, parti Politique). Lors de la cérémonie de prestation du serment au Palais de la Nation, les militants de l’UDPS n’ont pas manqué de rappeler à la mémoire de leur Président devenu Chef de l’Etat la phrase mythique de son défunt père : papa avait dit « Le Peuple d’abord ». Dès son installation, Félix-Antoine Tshisekedi, Président élu et ancien « Djicain » ou résident du royaume de Belgique s’entoure naturellement des siens, qui pour la plupart ont vécu en Europe et en Amérique, l’opinion leur accorda le bénéficie du doute sur leurs capacité professionnelle et surtout leur moralité au vu du militantisme combattant et extrémiste qui caractérisait bon nombre. Le bal des chauves n’a pas duré longtemps, l’ivresse du lait a vite rattrapé, l’amateurisme étalée au grand jour laissa vite place aux scandales.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire
Idéologiquement l’UDPS, l’UNC, le PPRD et leurs alliés se réclament de gauche, donc sociaux-démocrates par essence, malheureusement leurs gouvernances successives ne reflètent rien de tel dans la vrai vie. Le problème n’est donc pas idéologique ou de changement des leaders mais c’est de savoir pourquoi les gens s’engagent-ils en politique en république Démocratique du Congo. Quelle est la vraie motivation si une fois au pouvoirs les acteurs sont loin d’agir pour l’intérêt du peuple. … Pourquoi faire de la Politique si l’on ne sait pas planifier et prévoir ? Pourquoi le faire sans aucun sens d’abnégation ?

A ses dépens, Félix-Antoine Tshisekedi, Président de la République, a vu ses actions, lancées pour la première année de son mandat, subir une insouciance sans précédent de la plupart de ses collaborateurs au point de jeter le discrédit sur la belle initiative du programme de 100 jours. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Chef de l’Etat détient encore toutes les cartes pour changer son fusil d’épaule en optant pour plus de rigueur dans la sélection de ses collaborateurs dont les membres du gouvernement, et plus de célérité et de fermeté dans la prise des sanctions contre les auteurs de tout dérapage dans la mise en œuvre de sa vision politique.

L’action politique ne se décrète pas mais elle se construit en âme et conscience, moins encore la fonction d’Etat ne devrait pas être un substitut de mécanisme de gain matériel ou d’enrichissement facile.  Ceux qui s’engagent en politique devront consentir à donner une partie d’eux même pour l’exercice de cet art noble dont la seule et unique vocation est « la gestion de la chose publique », le service pour autrui. En toute modestie, le couronnement d’une carrière politique, la consécration d’une personnalité politique devraient être sublimés par les réalisations faites pour son peuple, et non les biens ou les richesses acquis pendant l’exercice des responsabilités d’État.

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