A bâtons rompus avec Laurent Mutambayi, le conseiller qui chuchotte aux oreilles de Théo Francken

Profitant de ma visite à la commune de Molenbeek-Saint-Jean, couramment appelée « Molenbeek », une des dix-neuf communes de la Région de Bruxelles-Capitale en Belgique, j’ai rencontré le conseiller Molenbeekois d’origine Congolaise : Laurent Mutambayi. Comme tout bon bruxellois, il est parfaitement bilingue français – néerlandais.

Laurent Mutambayi (N-VA), conseiller communal à Molenbeek-Saint-Jean, a répondu aux questions de Olivier Kanza Tito pour Cretroactuel.

Cretroactuel : Dressez nous votre portrait ?

Laurent Mutambayi : Je suis né à Boma dans le Bas-Congo. J’ai grandi à Kinshasa où j’ai fait ma scolarité dans les écoles privées d’abord à la Bambinière, aux Loupiots, puis ensuite chez les catholiques. D’abord au petit séminaire de Lemfu dans le bas-Congo et ensuite au Collège Saint-Joseph Elikya à Kinshasa.
Je suis juriste en droit des affaires, formé à l’Université d’Utrecht aux Pays-Bas et aux Etats-Unis. J’ai travaillé dans quelques cabinets d’avocats de renom aux Pays-Bas.
Depuis mon établissement en Belgique, j’ai œuvré dans plusieurs institutions bancaires et financières internationales. Je citerai le cas de la Citibank, de Hoist Kredit AB qui est une Holding de droit suédois dont j’ai été un des responsables de la succursale belge. J’ai ensuite presté chez PSA Finance Belux dont j’ai été directeur adjoint du département recouvrement jusqu’en 2013. En 2013, je devais prendre la direction de ce département mais pour des raisons mystérieuses, la haute direction du Groupe Français a plutôt désigné un auditeur venu de la France pour prendre la direction dudit département. Comme on pouvait le deviner, peu de temps après l’arrivée du nouveau venu, la situation allait se dégrader. C’est donc dans le courant de l’année 2013 que la collaboration avec PSA Finance Belux, succursale belge du groupe PSA prendra fin.

Le droit a toujours été ma passion. Très jeune, je savais déjà que j’allais faire le droit. Je ne me voyais pas faire autre chose. J’ai certainement dû subir l’influence de mon défunt père, J.P. NTUMBA KATSHINGA qui était magistrat au Congo, qui a créé le principal syndicat de la magistrature (Synamac). Pour la petite histoire, c’est sous son mandat de 1er Président de la Cour d’Appel de Matete, qu’il avait organisé, en qualité de Bâtonnier faisant fonction, les élections et l’installation du premier Bâtonnier du Barreau de Matete, feu Bâtonnier Polycarpe Kabasele Mfumu. Bref, Il a été un des principaux ténors de la magistrature congolaise des années nonante. Sa photo orne encore les couloirs du Palais de Justice et de la Cour d’Appel de Matete. J’étais également très admiratif de mon grand oncle, feu Bâtonnier Joseph Mwanza Tshilumbayi, qui était à son époque premier bourgmestre. Sans compter d’autres hommes et femmes de droit qu’il y avait dans ma famille. Tout cela a dû influer sur mon choix.

Mon côté de citoyen engagé et parfois révolté m’a conduit tout droit à la politique. La politique est aussi une passion pour moi. Durant de très longues années, j’ai été très actif dans la politique congolaise à partir de Bruxelles, la capitale de l’Europe. Si je peux y coller une année je pourrais dire aux alentours des années 2004. Durant ces 10 dernières années, j’ai plutôt été actif dans les rangs des nationalistes flamands (N-VA) dont je partage pleinement les convictions et porte les couleurs.

CRA : Qui est l’homme qui chuchote à l’oreille de Théo Francken et Quels sont vos rapports ?

L.M. : C’est un peu trop exagéré mais il est vrai que j’ai été son bras droit durant la précédente législature. Nos rapports sont intacts, toujours les mêmes.

CRA : Êtes-vous (la NVA) contre la migration ?
L.M. : Je ne le dirai jamais assez la N-VA n’est pas un parti anti-immigration. C’est un parti qui plaide plutôt pour une meilleure gestion des flux migratoires. Aujourd’hui la migration touche à la sécurité des Etats et des peuples ainsi qu’à la stabilité des pays. Il vous souviendra, en effet, que les attentats de Bruxelles et de Paris ont remis sur la table la question migratoire. Loin de condamner la migration c’est plutôt dire l’importance qu’elle revêt aujourd’hui aussi bien pour les pays de destination, les pays de transit que les pays d’origine. La migration est aujourd’hui le grand défi des temps modernes. C’est aujourd’hui une problématique globale. J’en veux pour preuve le pacte migratoire de l’ONU.

CRA : Quelle est la différence entre votre parti et l’extrême droite pour vous qui êtes issu de l’immigration ?

L.M. : Il y a beaucoup de différences. C’est comme comparer des pommes et des poires. Déjà de par le positionnement idéologique, ces deux partis sont différents.
La N-VA est un parti de centre droit, un parti libéral sur le plan économique et de droite sur des questions migratoires et sécuritaires. La N-VA prône le nationalisme flamand inclusif alors que le parti d’extrême droite prône le nationalisme exclusif càd sans les étrangers ou mieux sans les personnes d’origine étrangère. Le nationalisme flamand inclusif prôné par la NVA fait place à toute personne, indépendamment de ses origines, qui veut construire son future avec et aux côtés des flamands en intégrant les normes et valeurs qui sont de mise en Flandre.

En effet, je vois mal un muntandu du Bas-Congo aller vivre dans la province orientale et affirmer que ni la langue locale ni le mode de vie local ne l’intéresse. Je pense qu’il se verra gentiment invité par la population locale à retourner dans son Bas-Congo natal où il pourra vivre comme bon lui semble. Un peuple a le droit de tenir à sa culture, son identité et surtout sa langue comme véhicule de son identité et sa culture. Apprendre la langue et s’adapter aux us et coutumes du peuple qui vous accueille est également l’expression du respect qu’on a pour ce peuple. L’intégration demeure donc le mot clé pour trouver sa place dans la société flamande.

CRA : Le Président de la R.D. Congo, Felix – Antoine Tshisekedi Tshilombo deviendra le deuxième chef d’État Congolais à assurer la présidence de l’Union Africaine (UA) après le maréchal Mobutu en 1967. Il s’est choisi pour thème : « Faire taire les armes ». En tant qu’homme de droit et justice, que vous suggère ce thème?

L.M. : Le droit est ma passion et la justice mon idéal. La démocratie pour laquelle nous avons lutté sans oublier l’instauration d’un Etat de droit ne peut se concevoir sans une justice. Dans ce registre je fais miennes les pensées de Blaise Pascal qui disait : « La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. » D’autre part, les armes ont causé beaucoup trop des dégâts dans nos vies, nos familles, nos populations et nos pays. Rien que pour le Congo, on parle de plus de 10 millions de morts du fait des armes. Certaines femmes vivent les pires horreurs de leur vie du simple fait que Dieu les a créées femmes. Dans certaines contrées de la RDC par exemple, le viol est une arme de guerre. Toutes ces violences et injustices ont largement inspiré le travail consacré de notre prix Nobel le Docteur Denis Mukwege qui fait un excellent travail. Le tribut payé est trop lourd. Il faut définitivement enrayer cette force destructrice et la transformer en force constructrice et de développement. Si nous arrivons à faire taire les armes, nous rattraperons très vite nos retards en termes de développement. Si il y parvient le président Félix Tshisekedi aura donc vu juste.

CRA : Pensez-vous que « la RDC soit en train de reprendre sa place dans le concert des nations » ?

L.M. : Il est clair qu’avec Félix Tshisekedi à la tête de la RDC, le Congo est en train de retrouver sa place sur la scène internationale et surtout sa voix dont on n’entendait plus le timbre.
De par son dynamisme diplomatique et sa vision d’un Congo nouveau et prospère le président Félix Tshisekedi est en train d’attirer les radars sur le Congo. Cependant, les années d’isolement diplomatique et les réalités socio-économiques du Congo ne s’effacent pas en une année. Cela veut simplement dire que le Congo ne reprendra véritablement sa place sur la scène internationale que lorsque son P.I.B. fera pâlir d’envie les dragons d’Asie et les pays développés. Et ce n’est pas impossible.

CRA : Un message pour Sint-Jans Molenbeek, diaspora et les congolais au pays ?
L.M. : Molenbeek Saint-Jean est ma commune. Je l’aime et je m’investis pour qu’elle soit mieux gérée et qu’elle ait une meilleure image. A la diaspora congolaise, je recommanderai de continuer à s’engager, de travailler à son unité pour mieux s’organiser et se construire en tant que diaspora afin d’être utile à notre pays d’origine grâce au know how acquis dans nos différents pays d’accueil.
Aux congolais restés au pays, je recommanderai de continuer à considérer les congolais de l’étranger comme des véritables congolais et pas comme des étrangers car selon les circonstances j’entends parfois fuser des accusations d’étrangers à l’égard d’une personne dont le nom et l’ascendance renvoient tout simplement à notre environnement sociologique. Nous devons tous ensemble reconstruire le Congo.

CRA : Pour finir quel souvenir gardez-vous de l’année 2019 où on vous a vu en RDC ?

L.M. : Après près de 10 ans d’absence dans mon pays d’origine, je brûlais d’envie d’y retourner. Les élections présidentielles de décembre 2018 ont connu la victoire du président Félix Antoine Tshisekedi. Ce dernier a donc prêté serment le 24 janvier 2019. Sur le plan politique je tenais à vivre de près cet événement historique car c’est la première alternance politique pacifique depuis l’indépendance de notre pays. D’un point de vue privé je voulais également revoir ma famille, mon pays natal.
Sur le plan personnel, l’année 2019 restera une des plus sombres années de ma vie car une de mes petites sœurs (Ariane Ntumba), dont je salue la mémoire, a brusquement été arrachée à mon affection. J’ai donc traversé une période particulièrement difficile du fait de ce décès inattendu. Dieu merci, j’ai pu la voir vivante et passer des moments agréables avec elle lors de mes précédents voyages avant que le pire n’arrive.

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